Parfois j’arrive dans une contrée que je trouve engageante, belle à vivre. Je me dis: et si je m’y fixais ? Ça a l’air pas mal, tranquille, peace and love. Ça chante en toute latitude. C’est pour moi ça, sûr et certain.
Mais aussitôt, quelque chose bat en retraite en moi, regimbe. Non, non, ce ne sera pas encore pour moi. Mais pour où alors ?
Le phénomène de rejet s’opère même quand je regagne mon chez-moi. Bien sûr, je suis content de retrouver mon intérieur et quelques objets auxquels je crois tenir ; pourtant je m’y sens confusément étranger. Étranger dans ma maison ! Une sensation de précarité, d’insatisfaction. À la longue, à force, j’ai fini par comprendre qu’il n’existe pas de lieu sur la terre où je pourrais m’ancrer pour de bon. Peut-être se trouve t-il sur une autre planète ? Faudrait y aller voir. Mais je sais bien que je serai marron.
La vérité, c’est que l’humain est trop «de passage» pour pouvoir «s’installer vraiment». Quand tu l’as compris, que c’est sans solution réelle de continuité, qu’il est seulement question de «moment», qu’as-tu à faire d’une «villa les Lilas» ? D’un lopin de terre, de rond à béton et de piles de parpaing ? D’une maison «les pieds dans l’eau » ?
Lorsque tu es parfaitement conscient de cette réalité, tu acceptes de passer, de passer simplement, en rasant presque les murs.
Ma seule maison c’est la vie. Mes résidences secondaires, ses trémolos en tous genre. Enfin, du genre «moins de stress possible». Ni temps passé ni les amours reviennent ; ce qui est vécu n’est plus à vivre. J’habite des coins de paix, de bourgs où les prises de têtes sont aux abonnés absents. C’est un peu précaire, mais je m’en accommode. Je repose mon cœur, je tire ma crampe. Et puis je marche ; la terre étant ronde, je reviens fatalement à mon point de départ. Un beau souvenir fleurit, une grosse déception dépérit. En chemins, je trouve des couleurs, des fleurs, des oiseaux, des étés indiens et d’autres moins indiens, un point G, des raccourcis sympas ; faut pas se plaindre. Et puis, se plaindre à qui ?
Ben, tu vois, j’ai peut-être dans le regard cette résignation désenchantée que tu devrais apercevoir. Je vais te dire, l’existence, faut se la compliquer le moins possible. L’enfourcher, pédaler en douce, à son rythme et voir venir. Cheminer, l’âme sereine.
N.


3 commentaires
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novembre 18, 2008 à 01:37
feriel
Je me répète mais c’est mon texte fétiche, je l’aime beaucoup, il est touchant
Continue à écrire dans ce style là, j’adore
novembre 19, 2008 à 03:14
nacinas
Merci pour le commentaire. Pour le style, j’ai pas trop le choix, ça colle, lol.
Promis, je continue!
février 7, 2009 à 14:08
Yud
Enfant, j’avais toujours envié les oiseaux qui s’élançaient dans les airs au gré des vents et des saisons. Je voulais tant voler comme eux non sans m’imaginer que leur liberté était infinie. Je voulais tant leur ressembler et me faire pousser des ailes. D’ailleurs, qui d’entre-nous n’a pas eu l’audace de voler dans les cieux, au moins, le temps d’un songe éphémère. Tout le monde a volé une … nuit! J’en suis plus que convaincu. La sensation est toujours magique et le réveil un tantinet morne. Les oiseaux sont de vrais nomades et de grands amateurs de la belle vie. La vie où cohabitent la douceur de la musique, la verdure des prés et la simplicité des gestes. Un accord en Fa-Si-L(a) majeur! Le ton est on ne peut harmonieux. La quête de ce bonheur est sempiternelle et les frontières inexistantes.
Adolescent, je continuais à envier les oiseaux qui s’élançaient dans les airs au gré des vents et des saisons. Je voulais tant dénicher dans les cieux la perle rare qui faisait déplacer ces énormes essaims d’oiseaux. Je voulais lui offrir une bague pour pouvoir la reconnaître au prochain printemps. J’étais persuadé que la nature ne pouvait se permettre d’omettre d’attribuer à ces êtres les atouts les plus romantiques pour courtiser leurs moitiés. Il y va de leur majesté!
Adulte et à l’âge qui est le mien aujourd’hui, je commence à me demander ce que sont devenus les premiers oiseaux que je regardais s’élancer dans les airs au gré des vents et des saisons. Je voudrais tant les retrouver et m’enquérir de leur état. La vie a peut-être été dure dans les contrées lointaines vers lesquelles je voulais les accompagner. Tiens, le dernier essaim qui a survolé le jardin était plus petit que celui d’antan. Peut-être bien que quelques-uns sont restés à la dernière halte prendre soin ou courtiser la perle rare à qui j’ai promis la bague du printemps. Peut-être aussi que l’heure est définitivement venue pour eux de se sédentariser dans un dernier patelin. C’est peut-être là-bas leur paradis!